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Mira - Chaînes de silence

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MiraNoctali
Date d'inscription : 01/05/2016
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Points : 53
Niveau : 33
Féminin Âge : 17 ans
Classe : Survivaliste
Spécialisation 1 : Chercheur Rang 2
Spécialisation 2 : Destructeur Rang 1
Corruption : 0/60
Bonus : Éthérée.
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MessageSujet: Mira - Chaînes de silence  Dim 1 Mai 2016 - 13:42
Mira
identité
Espèce : Noctali
Type : Ténèbres
Spécificité : Aucune
Âge : 17 ans
Sexe : Féminin
Classe : Survivaliste
Spécialisation : Chercheur / Rang 2
Lieu de naissance : Grotte Aphone
Mon physique
La première chose que l'on remarque chez moi en me voyant, c'est ma taille. En effet, je suis beaucoup plus petite que la plupart des autres Noctali. J'ai évolué beaucoup trop jeune, ce qui a bloqué, ou du moins ralenti, le développement de mon corps. Ma force physique s'en trouve grandement affectée et, malgré mes efforts pour la développer, on m'a toujours qualifiée de "menue", voir même de "frêle", de "fragile" ou carrément de "faible".  


J'ai toujours détesté que l'on fasse ressortir mes faiblesses par ce genre de paroles.


Ma fourrure est très sombre, plus foncée de quelques tons que celle des autres Noctali, d'un noir d'encre qui me permet de me dissimuler facilement dans l'ombre. Plutôt épaisse à cause de ces années que j'ai passées dans le froid des Falaises du Vent, elle est coupée courte et est assez soignée pour que je ne me fasse pas trop remarquer. Les anneaux jaunes qui sont visibles aux niveaux de mon visage, de mes pattes, de mes oreilles et de ma queue sont plus fins et ternes que ceux de la plupart de mes congénères, et ne s'illuminent qu'en de très rares occasions ; toujours à cause de cette évolution anticipée.  


La première fois que j'ai vu la lune, je savais marcher depuis bien bien longtemps. Trop longtemps. Mon corps n'avait jamais été habitué à ce rayonnement blême, ce qui a suscité une réaction trop forte, similaire à celle qui est normalement causée par un très grand bonheur ou une certaine sensibilité à l'astre. L'évolution.
Comme dit précédemment, j'étais trop jeune. Mais il n'y a pas eu que mon corps qui a été affecté. Mes pouvoirs l'ont aussi été. J'ai beau m'exposer à la lune chaque nuit, je n'obtiens que de très légères améliorations qui ne compensent en rien mes faiblesse ; et je dois veiller à chaque seconde à ne pas dépasser mes limites.
Mes yeux, eux, sont assez grands et teintés de gris. J'ai pris très tôt l'habitude de me déplacer à l'aveuglette, et ma vue s'est adaptée à la pénombre qui m'a enveloppée lorsque j'étais petite, ce qui fait que j'arrive à me déplacer normalement quelle que soit la lumière. J'ai les crocs et les griffes très aiguisés ; avec tous ces Corrompus et ces Obscurs qui rôdent, on n'est jamais à l'abris de rien. Mon poignet gauche est ceint d'une cicatrice à peine visible - souvenir de chaînes portées trop longtemps.
Les gens me disent souvent que je suis trop calme, presque impassible, et qu'ils aimeraient me voir sans mon air rêveur. Il est vrai que je suis trop souvent perdue dans mes pensées, et j'aimerai parfois pouvoir me débarrasser de cette partie de moi qui m'emmène toujours  trop loin de la réalité.
Je me tiens toujours droite et ai une démarche qui se veut confiante, bien qu'il m'arrive souvent de me balader le museau en l'air, un peu dans la lune, pas assez terre-à-terre.
Je ne laisse aucune émotion transparaître dans mon regard, mes traits, s'entendre dans ma voix. J'affiche toujours un air calme et un peu sérieux, ma voix est posée et je ne hausse jamais le ton. Je garde toujours le contrôle, ou du moins j'essaie de l'avoir le plus longtemps possible. Le seul écart que je m'autorise au niveau de la neutralité de mon apparence, ce sont ces lunettes de protection abîmées que j'ai toujours autour du cou. Elles appartiennent à mon frère ; je les lui rendrai quand je le reverrai...

En dehors de cela, je fais toujours attention à ce que mon apparence n'attire pas les regards ; je déteste me faire remarquer.

Mon caractère
Mira ne pourrait pas faire une description précise de son caractère, de sa façon de penser. Tout simplement parce qu'elle ne se connaît pas assez.

Si elle est si étrangère à elle-même, c'est parce qu'elle passe son temps à mentir, à porter un masque. Elle fait tout pour gommer chacune de ses faiblesses, pour être une personne calme, réfléchie, logique. Elle enfouit au fond d'elle une personne rêveuse, peut-être un peu trop idéaliste, qui a une trop grande empathie pour les autres et qui se laisse porter par ses émotions. Cette personne-là, c'est aussi elle. Mais si elle ne la montre pas, c'est tout simplement parce qu'elle pense que c'est plus prudent de rester cachée, de sembler sans failles.
En pensant effacer ses faiblesses, elle s'en créé d'autres dont elle n'a pas conscience. Elle est devenue aveugle à ses propres mensonges, à ses contradictions et à ce qui la rend encore plus vulnérable - sa solitude, entre autres.
Elle est terrifiée à l'idée qu'on puisse la penser fragile, faible, à l'idée que quelqu'un se retourne contre elle sans qu'elle puisse se douter de ses intentions. Elle ne pourrait pas supporter de se faire abandonner une nouvelle fois.
C'est pour cela qu'elle ne s'attache pas. Selon elle, être seul est une force ; on ne peut pas être manipulé par ceux que l'on aime, ou faire des actes irréfléchis pour les aider. On ne peut plus souffrir en quittant quelqu'un, puisqu'on n'a plus personne. Alors, la Noctali veille à toujours rester à distance de ceux qu'elle rencontre, à ne jamais quitter son masque d'impassibilité.
Mira reste attentive au moindre détail qui passe à sa portée : pour elle, chacun à son importance. La disparition de son frère à été en partie causée par le fait qu'elle n'ait pas vu certains éléments et n'ai pas fait le lien entre eux. Elle s'en veut tant qu'elle s'est jurée de ne plus jamais refaire la même erreur. Elle se répète souvent que "le danger peut venir de partout", et "qu'il ne faut jamais baisser sa garde".
En se focalisant sur les autres, elle devient encore plus aveugle à elle-même.

Les mots, les paroles ont une importance particulière pour elle, car elle en a été privée lors pendant une grande partie de son enfance. Elle ne parle jamais pour ne rien dire, et ne prend aucune parole à la légère. Aussi a-t-elle du mal à saisir l'utilité de l'humour et a souvent des difficultés à le comprendre. Cela peut créer des situations assez drôles pour les autres, mais plutôt gênantes pour elle.

Mira fait de son mieux pour compenser ses faiblesses physiques en apprenant le plus de choses possible, et utilise souvent des ruses ou des stratagèmes assez complexes (d'aucuns diraient "tordus") pour se sortir de mauvaises situations. Elle accorde grande importance à la connaissance. Chaque nuit, elle s'astreint à un entraînement éprouvant pour rattraper ses faiblesses.
Malgré tout cela, elle doit veiller à chaque seconde à ne pas dépasser ses limites, sous peine de s'infliger de graves blessures qui pourraient être mortelles. Elle doit en permanence maîtriser ses émotions et ne pas se laisser devenir leur pantin.

Mira, contrairement à d'autres, ne voit pas le monde en noir et blanc, avec les méchants Obscurs et Corrompus d'un côté, et les gentils Helmiens de l'autre. Sa famille s'est faite enlevée par un groupe de Helmiens, pas par des Corrompus. Et les Obscurs qui ont pris la relève pour les garder emprisonnés avaient dans leur rangs certaines personnes dont elle était convaincue de la droiture d'esprit (sa mère et le père de son frère, entre autres). Aussi Mira considère-t-elle la Corruption comme une maladie qui est à différencier de la méchanceté et de la cruauté, et ne baisse-t-elle pas sa garde même en présence de Helmiens.
Sa vision des choses l'a conduite à ne pas croire en Arceus, car elle trouve cette religion trop "binaire" au niveau de la façon de penser. Ainsi, elle s'est créée l'une des seules faiblesses qu'elle s'autorise à garder : celle d'avoir du mal à tuer les Obscure et les Corrompus, qu'elle considère comme de simples malades. Pourtant, lorsqu'elle n'a pas le choix, elle parvient à faire son devoir. Malgré le fait qu'elle ne croit pas en Arceus, elle reste très ouverte d'esprit et respecte ceux qui le vénèrent.
Mira ne croit qu'en ce dont elle est parfaitement sûre, car on lui a menti toute sa vie et qu'elle même le fait chaque jour.


Elle considère que les apparences sont importantes et, comme elle n'aime pas se faire remarquer, soigne la sienne un minimum pour rester neutre. Pourtant, elle préfère consacrer son temps à d'autres choses qu'elle juge plus utiles.

Le seul moment où elle se laisse rêver, c'est lorsqu'elle a un livre entre les pattes. Dans ces moments là, et dans ces moments-là seulement, elle oublie la réalité et part loin, loin, très loin, sans s'obliger à rester sur terre. Le reste du temps, elle culpabilise lorsqu'elle se prend à rêver, et s'oblige à ne pas le faire. Elle peut passer des heures enfermée dans une bibliothèque à lire, apprendre, où juste à chercher un renseignement précis sur un sujet en particulier.
S'il y une autre chose qu'elle aime faire, c'est jouer à des jeux de stratégies ; cela lui permet d'expérimenter sans risques diverses ruses qu'elles pourraient réutiliser en combat. Aussi, elle ne refuse qu'en de très rares occasions une partie d'échecs.

Elle évite de trop penser aux années où elle est restée emprisonnée dans la Grotte Aphone, mais fait chaque nuit d'horribles cauchemars qui ravivent ses peurs d'enfant et font tomber son masque d'impassibilité.

On pourrait penser, en apprenant son histoire, que Mira voue une haine féroce aux Corrompus et aux Obscurs, mais ce n'est pas le cas. Ce qu'elle hait, c'est la cause du mal qui les ronge, et qui a infecté son frère.

C'est pour cela qu'elle a décidé de se faire Survivaliste, pour le retrouver, le soigner, et empêcher que d'autres, comme elle, se retrouvent abandonnés par des compagnons infectés.
Si elle ne découvre pas le moyen de soigner Niilo, son frère, elle s'est jurée de le tuer pour le libérer.

Ses adversaire pourraient la qualifier de fourbe, car il lui arrive de faire des coups dans le dos. En effet, elle ne croit pas en ce "code d'honneur", qu'ont certains guerriers. Pour elle, si ça lui permet de sauver son frère, d'atteindre son but, elle peut utiliser tous les moyens qui sont à sa disposition.
Pourtant, elle préférera toujours un débat verbal qu'un combat par les griffes ; elle a tendance à éviter la violence autant que possible, et pas uniquement parce qu'elle est plus faible en combat physique.

Dernière chose : s'il y a quelqu'un qu'elle déteste autant que la Corruption, c'est elle-même. Elle s'en veut à cause de ses erreurs, de ses faiblesses. Elle s'en veut à cause de frère. Elle se sent coupable pour un nombre incalculable de raison.
Et c'est une force autant qu'une faiblesse que de n'avoir rien à perdre.
Mon histoire

Je n'ai jamais entendu la voix de mes parents.

Les quatre premières années de ma vie ont été faites d'un silence froid, presque trop calme. Un peu comme ceux qui précèdent les plus grands orages, les murmures angoissés en moins, l'incompréhension en plus.
Juste... Juste ce silence.

La pénombre dans laquelle je me cachais chaque jour un peu plus me laissait tout juste entrevoir les visages des autres. Quelques rares chandelles illuminaient parfois mon champs de vision en formant des étoiles trop solitaires. Jamais de constellations ; la lumière était rare, trop rare pour qu'on puisse l'utiliser assez pour savoir qui étaient ceux qui, comme nous, avaient été emprisonnés et murés dans un silence inquiétant.
Ceux qui, plus tard, mourraient les uns après les autres autour de nous.

Je n'ai connu l'identité que de trois d'entre eux : ma mère, une Mentali, mon père, un Feunard, et mon frère, qui était alors un Luxio. Je ne sais le prénom que de ce dernier. Niilo. Il s'appelait... S'appelle Niilo.

C'est lui qui m'a raconté ce qu'il savait de mon histoire lorsque nous avons réussi à fuir la Grotte Aphone.
Mon père était un artisan renommé dans les Forges. C'était un véritable artiste ; il arrivait à forger des objets si légers qu'on aurait pu les croire faits de dentelle, et inventait toujours de nouvelles structures pour tout ce qu'il créait. Ses armes étaient parmi les plus légères et maniables de l'île. Il ne gardait pour lui et sa famille -non, notre famille- que le stricte nécessaire, et finançait une grande partie de la Garde de la ville ; il haïssait les Obscurs et ne pouvait supporter de penser à ce qui arriverait si on les laissait prendre le contrôle de l'île. Il vouait une trop grande partie de sa vie à cela, je crois. Ma mère, elle, était une chasseresse. Elle faisait partie de ceux qui protégeaient la ville, et était l'une des Stratèges qui avaient par leurs ruses empêché maintes fois la ville de tomber. Ce n'était pas pour cela qu'elle regardait les autres se battre de loin : malgré les inquiétudes de mon père, elle se battait toujours en première ligne.

Aucun des deux n'était né dans les Forges. Mon père, un marchand itinérant, avait croisé la route de sa futur compagne à Larkos. Ils avaient décidé de faire un bout de chemin ensemble, et, finalement, ne s'étaient plus quittés. Après un an passé ensemble, ils avaient décidé de s'établir dans les Forges pour un moment, "le temps de se faire un nom". Le rêve de mon père, c'était de pouvoir s'installer dans les Falaises du Vent pour pouvoir réaliser celui de ma mère : voler. Il voulait inventer une machine qui pourrait la faire s'envoler entre les nuages et faire naître un grand sourire sur son visage aux airs tristes. Et quel meilleur endroit que les Falaises du Vent pour apprendre à voler ? C'était un rêve probablement irréalisable, né de l'imagination de deux grands enfants. Mais ils y croyaient.

Tout cela avait mal tourné. Effectivement, ils s'étaient faits un nom. Et c'est ce qui a causé leur perte. Entre ma mère, membre des Stratèges, et mon père, qui finançait la Garde...
Il y a des Infiltrés partout. Ce qui est arrivé était couru d'avance ; cela ne pouvait pas bien se terminer.

Ma mère s'était arrêtée de se battre pour un moment ; elle était enceinte de moi. Elle continuait tout de même d'aider à l'élaboration de divers plans au Conseil de la Garde, toujours en tant que Stratège, mais ne pouvait plus tout faire comme avant. Elle était fragile, à présent. Si elle prenait des risques, elle m'en faisait prendre aussi, ce qu'elle se refusait totalement. Il était vrai qu'elle avait du mal à rester en place, mais elle n'avait pas le choix.
Mes parents vivaient un peu à l'écart de la ville, sûrement trop loin des endroits où les Gardes faisaient leurs rondes chaque jour, chaque nuit.

Ils s'étaient faits capturer en plein hiver par un groupe de malfrats - même pas des Obscurs ou des Corrompus ; eux n'étaient arrivés que plus tard - qui les avaient surpris dans leur sommeil et faits tomber dans l'inconscience grâce à du chloroforme, qu'ils avaient probablement volé chez un apothicaire. Le duo n'avait même pas pu se défendre : ma mère n'était pas en état de se battre et mon père ne voulait pas risquer qu'on puisse s'en prendre à elle en représailles.
Ils les avaient livrés aux Obscurs en échange d'argent et d'armes. Ces Infiltrés savaient de sources sûres que leurs nouveaux prisonniers étaient importants pour la sécurité de la ville, et c'était pour cela qu'ils les avaient enfermés.
Mes parents s'étaient réveillés couverts d'ecchymoses et de coupures dans une pénombre silencieuse. Celle de la Grotte Aphone. Et cette fois, c'étaient bien les Obscurs qui veillaient à ce qu'ils ne s'échappent pas.
Pourquoi ne pas les avoir tués ? Car tous deux étaient de parfaits appâts. Ils attireraient des gardes affaiblis par le labyrinthe des roches, des gardes venus pour les sauver, des gardes qui se jetteraient à corps perdu dans la gueule du loup. Des gardes qu'il était impossible de prévenir par des cris, des gardes qui mourraient, dans le meilleur des cas, ou s'obscurciraient.
 Ces gardes qui, en un sens, étaient déjà morts à leur entrée dans la grotte...

Et, en plus d'attirer ces proies dans une embuscade, mes parents ne pouvaient plus profiter à la sécurité des Forges.

Bientôt, de nouveaux prisonniers arrivèrent. Niilo était l'un d'eux ; c'était le fils d'un Stratège qui était ami avec ma mère. C'était pour cela qu'il connaissait l'histoire de mes parents.

Je suis née juste avant que les cris silencieux des gardes ne commencent à retentir dans la grotte.
Quand j'étais petite, ma mère plaquait ses pattes de velours contre mes paupières pour que je ne les voie pas mourir, mais j'ai fini par comprendre. Et mon imagination a fait le reste : des cauchemars en touts genres sont venus hanter des nuits que je ne pouvais différencier des jours.
Ce qu'on ne peut voir où entendre nous fait toujours plus peur.
Les prisonniers ne pouvaient supporter de voir leurs compagnons se faire tuer. Beaucoup tentèrent de s'échapper. Aucun n'y parvint.
Lorsque nous arrivions à avoir de la lumière, mon père nous fabriquait, à Niilo et moi, de minuscules avions faits de débris en touts genres. Nous les faisions voler depuis le promontoire qui nous servait de prison, et ils planaient quelques minutes dans les ombres avant de s'évanouir dans un tintement.
Ma mère, elle, nous racontait des histoires muettes, des histoires silencieuses qui nous faisaient rêver d'être ailleurs.

Ailleurs... Je ne savais même pas qu'il existait un autre endroit que celui où j'étais enfermée.

Les mois ont passé. Une année, puis deux, et trois. Les prisonniers gravaient de petits traits dans la pierre pour compter les jours. Plus personne ne songeait à s'évader, et, on finit, une nuit, par trouver un corps sans vie près de nous. Ce prisonnier-là s'était ouvert les veines sur un rocher tranchant, il était parti ailleurs.
D'autres l'ont suivi.

Aujourd'hui encore, je m'en rends compte : ce n'était que parce que mes parents étaient attachés à moi et aux autres prisonniers qu'ils n'ont pas eu la présence d'esprit de s'ôter la vie pour préserver celles des gardes et ne pas s'obscurcir. Et maintenant, je le sais, s'attacher aux autres est une faiblesse.

Nous avions tout juste assez de nourriture pour continuer à vivre, mais, comme j'y étais habituée depuis ma naissance, j'en souffrais moins que les autres. Ce qui m'inquiétait le plus, c'était que les contes de ma mère se faisaient de plus en plus rares, et que les avions de mon père aussi. Je ne souriais plus. Ce n'étaient plus mes parents qui me rassuraient quand je me réveillais en sursauts à cause d'un énième cauchemar ; c'était Niilo qui s'occupait de me faire oublier ma terreur. Et c'était contre lui que je venais me pelotonner quand les nuits se faisaient top fraîches ou que j'avais trop peur pour rester seule.

Un jour, peu après une tentative de la Garde pour nous aider, une nouvelle sentinelle a remplacé l'autre. Un grand Luxray au regard dur, un Obscur.
Lorsqu'il l'a vu, Niilo s'est rué sur lui, en larmes, et, comme s'il avait oublié que sa voix s'était éteinte, a essayé de l'appeler. L'autre l'a envoyé se cogner contre la pierre d'un violent coup de patte.
C'était son père.

À partir de ce moment là, je me suis mise à observer plus attentivement les Obscurs. Leurs regards rouges et vides m'inquiétaient, m'hypnotisaient. Je ne savais pas qui ils étaient, même si mes parents m'avaient toujours interdit de m'approcher d'eux.
La plupart du temps, ils étaient les cruelles bêtes de l'ombre que dépeignent les histoires que j'entends maintenant chaque jour. Et puis...
Et puis, il y avait ces quelques secondes où ils semblaient se réveiller, où leurs regards rouge sang avaient cette lueur de tristesse et d'incompréhension qui m'obligeait à me poser des questions. Encore aujourd'hui, c'est ce qui me fait croire que le monde n'est pas en noir et blanc, qu'il n'y a pas les Helmiens d'un côté, et les Obscurs, les Corrompus de l'autre. Certains Helmiens sont cruels et mauvais. Certains Obscurs étaient bons avant de tomber malade. Car c'est ce qu'est, pour moi, la Corruption : une maladie.

Ma mère a commencé à sombrer dans la folie avec l'arrivée de l'ancien Stratège. Je ne me souviens pas en détails des évènements, mais cela s'est finit par la morsure d'un Obscur. Elle est rapidement devenue comme eux, et a bientôt gardé avec le père de Niilo la cage où nous étions enfermés.
C'est Niilo qui m'a retenue quand je suis allée vers elle sans comprendre. Mon père, lui, a totalement ignoré celle qu'il avait aimée à partir de ce moment là. Il haïssait les Obscurs.

Mes cauchemars étaient de plus en plus horribles. Et de plus en plus de Gardes étaient morts par notre faute.

Mon père ne pouvait se résoudre à me laisser seule, mais, cela se voyait dans son regard, il songeait sérieusement à faire comme ceux que nous avions retrouvés morts, baignant dans leur sang, les veines ouvertes.


Et puis, Niilo est allé lui parler dans cette langue des signes assez sommaire que nous avions créée pour communiquer. Je ne sais pas ce qu'ils se sont dit.
Mais, le lendemain, c'était mon frère Luxio qui portait les lunettes de protection de mon père. Et nous fuyions notre prison de silence.
Comment avons-nous réussi à nous échapper ? Je ne l'ai su que bien plus tard.

Nous devions courir, courir, courir loin d'eux avant qu'ils ne découvrent la supercherie. Et c'est ce que nous avons fait.  

Nous sommes sortis du labyrinthe, et j'ai senti pour la première fois de ma vie le vent sur ma fourrure. Ce qui m'a le plus frappée, c'était ce nouveau sens que je découvrais : j'arrivais à entendre. Le son des voix, celui de mes pas, le chant des feuilles secouées par les rafales, la musique de la rivière qui courait près de moi, tout. La lune était à son dernier croissant, j'ai été hypnotisée par son éclat blafard, et suis restée paralysée pendant de longues minutes dans sa lumière, le regard perdu dans le ciel d'encre, mais... Mon corps a mal réagi.
J'ai évolué.
J'étais beaucoup, beaucoup trop jeune, et je n'éprouvais à ce moment là aucun bonheur. Je n'étais que tristesse d'avoir perdu mon père et ma mère, et surprise devant cet ailleurs.
L'évolution a provoqué chez moi une douleur insoutenable qui a duré longtemps après ma métamorphose. Mes membres, secoués de spasmes, se teintaient de noir, et grandissaient en accéléré. J'avais l'impression d'être brûlée vive, qu'il ne me restait sur la peau que les cendres de mon corps d'avant.  

Je ne connaissais même pas mon corps d'Evoli que je me changeais en Noctali, je n'y comprenais rien, et, comme je ne savais pas parler, personne ne pouvait m'expliquer. Je ne savais pas comment réagir.

Niilo aussi a évolué, au même moment que moi. Mais c'était à cause du bonheur que provoquait chez lui cette liberté qui lui était enfin rendue.

J'étais paralysée, et nous devions fuir. J'ai essayé de me relever, mais ai sombré dans l'inconscience : c'était la dernière chose que j'étais encore en état de faire.

Nous avions passé près de cinq ans dans notre prison de silence.

J'ai tout oublié du voyage, et ne me suis réveillée qu'à notre arrivée.

Au village des Falaises du Vent, j'étais la minuscule Noctali que le grand Luxray avait portée des nuits entières par la peau du cou, la petite endormie qui avait été épargnée par les crocs tranchants de celui que les habitants appelaient le Solitaire. Nous étions des étrangers mais, lorsque nous sommes arrivés, un Frikaë d'automne, à l'aube, tout le monde savait déjà que nous étions là.

Nous n'avons plus bougé du village, et c'est là-bas, dans le froid des vents, que j'ai grandi. Niilo m'a raconté mon histoire (une unique fois ; plus tard, il a commencé à éviter le sujet, peut-être parce qu'il préférait tourner la page), m'a appris à parler, à lire, et m'a expliqué comment fonctionnait le monde dans lequel je vivais. Il gagnait sa vie en faisant fonctionner les machines du village grâce à son électricité, et, plus tard, s'est engagé dans la Garde pour défendre la région. Il ne voulait pas que je travaille, y était catégoriquement opposé.

Moi, je passais mes journées à lire dans la grande bibliothèque du village et à écouter les histoires des anciens. Quand Niilo était là, nous fabriquions de petits avions, comme avant. Et on les lançait des falaises vers la mer, où ils disparaissaient entre deux vagues sombres.

Les années ont passé, et je n'ai pas vraiment grandi. Mes pouvoirs, eux non plus, ne se développaient pas assez. J'apprenais le plus de chose possible, les feintes, les ruses, les stratagèmes qui me permettraient de compenser mes faiblesses. Mais je m'entraînais aussi : je ne supportais pas d'être plus faible que les autres.

Tout se passait parfaitement bien au village. Tout était calme, il n'y avait rien pour troubler ma tranquillité. J'étais devenue amie avec le bibliothécaire, qui me faisait part de ses connaissances sur nombre de sujets, et Niilo était un peu trop distant avec les habitants, mais rien de grave.
La seule chose qui m'intriguait, c'était sa façon de disparaître dès qu'un prêtre passait par là. Enfin... Cela devait être une coïncidence.

Nous ne nous disputions jamais. Jamais, sauf sur un seul point : sa façon de voir le monde en noir et blanc. Je détestais ça. Et lui n'aimait pas le fait que je joue toujours sur les nuances, que je pense que quelqu'un n'était pas soit bon, soit mauvais. Et puis, il y avait toujours cette tristesse dans ses yeux...
A l'époque, je lui disais tout, et je ne me cachais devant personne. Je ne mettais pas de distance particulière entre les autres et moi. J'étais encore rêveuse un peu trop impulsive.
Jusqu'au jour où je suis rentrée plus tôt d'un entraînement. Jusqu'au jour où j'ai vu Niilo bander une plaie béante en tremblant. La blessure, violacée, s'étendait sur plus de la moitié de son flanc, et semblait avoir mal cicatrisé. La peau qui l'entourait était zébrée de veines sombres. Nauséeuse, j'ai réprimé un cri de surprise, et ai commencé à réfléchir à tout ce qui s'était passé depuis que nous nous étions échappés.
Maintenant que j'y pensais, je ne l'avais jamais vu sans pansements depuis que nous nous étions échappés...
Et puis, il y avait cette mélancolie suivie de rage qui l'étreignait de plus en plus fréquemment.
Ses iris qui commençaient à rougir dans ses yeux si souvent embués de larmes...
Et sa façon de fuir les prêtres malgré le fait que, contrairement à moi, il croyait dur comme fer en Arceus.

Je me suis précipitée vers lui pour lui demander des explications.
Il n'a même pas cherché à nier l'évidence : oui, il m'avait menti, non, il ne m'avait pas fait part de chaque détail.
Je n'ai jamais été si en colère. Il avait trahi ma confiance.

Alors, mon frère, qui avait de plus en plus de mal à parler, m'a raconté ce qu'il me manquait pour comprendre.

Niilo savait que mon père voulait que je puisse vivre une vie normale, pas je sois emprisonnée. Qu'il haïssait ces chaînes qui creusaient des plaies sur mon corps et mordaient ma peau. Alors, mon frère lui avait promis de s'occuper de moi s'il brûlait nos chaînes et faisait diversion pour que nous puissions nous échapper. Mon père a immédiatement accepté. Malgré le fait que cela implique qu'il devienne ce qu'il détestait le plus : un Obscur.
Nous avions fuit, et nos gardiens nous avaient poursuivis. Parmi eux, il y avait mon père. C'était lui qui avait mordu Niilo au flanc.

Il aurait pu, aurait dû se soigner avant que cela n'empire, mais avait préféré fuir. Nous ne voyagions que de nuits et nous nous cachions le jour ; il fallait le temps à mon corps de se stabiliser sur sa forme définitive. Je ne me souviens pas du voyage, j'avais si mal, j'étais si fatiguée que j'étais tombée dans une léthargie proche de l'inconscience à laquelle je ne m'étais arrachée qu'une vois arrivée au village.
Cela avait ralenti le trajet. Lorsque nous étions arrivés, il était déjà trop tard. Si Niilo était allé se faire soigner dans un temple, on l'aurait retenu et emprisonné.
Et il avait promis de s'occuper de moi.
C'est pourquoi il avait contrôlé sa maladie du mieux qu'il avait pu. Il l'avait cachée aux autres, à moi. S'il avait été découvert, on l'aurait dénoncé de peur qu'il n'attaque les habitants.
C'était pour cela qu'il m'avait demandé de ne rien dire de ce qui était arrivé dans la Grotte Aphone. Même s'il avait caché sa blessure, tous auraient eu des soupçons en apprenant notre histoire.

C'était à cause de moi qu'il était devenu comme ça. Je n'avais pas voulu voir ce qui était juste devant mes yeux, et, par ma faute...

Pour la première fois depuis bien longtemps, j'ai senti des larmes déborder de mes yeux. Je me suis emportée dans une course irréfléchie, sans autre but que de m'éloigner de lui, de mes erreurs, de notre passés, de ces histoires, et... De ce qui n'allait pas tarder à arriver à celui qui était mon frère.

Je me suis arrêtée, à bout de souffle, au bord d'une falaise, et me suis laissée tomber sur le sol rocailleux. L'écho d'une même phrase résonnait en boucle dans ma tête.

"C'est ta faute, c'est ta faute, c'est ta faute, c'est ta faute, faute, faute, faute..."

Il m'avait menti, bien-sûr, mais... Bientôt, je le savais, il allait passer le point de non retour.

Je suis restée là longtemps, immobile, assourdie par le vent qui me hurlait dessus comme pour souligner mes erreurs.
Et puis, j'ai vu une silhouette commencer à s'effacer loin, loin, trop loin de moi. Cette ombre, je la connaissais bien. C'était celle de celui qui m'avait amenée ici, celle de mon frère, celle de celui qui m'avait mentit et qui, par ma faute, s'en allait.

Je savais vers où.

Les Terres Corrompues allaient être son dernier refuge. Et, je le savais, il essaierait jusqu'à son dernier souffle de trouver le moyen de se soigner.

Il m'abandonnait.
Et je n'essayais même pas de le rattraper.

Il avait pris sa décision, j'allai assumer mes erreurs. J'irai trouver un moyen de le soigner, je deviendrai Survivaliste pour aller le chercher. J'irai  jusqu'au plus profond des Terres Corrompues s'il le fallait.
Et, si je n'avais pas le choix, je le tuerai.

Il avait laissé tomber les lunettes de protection de mon père, et je me suis dirigée vers l'objet avant qu'il ne soit emporté par le vent. J'ai passé la lanière de cuir à mon cou pour ne pas les perdrez ; et me suis promise de les rendre à mon frère quand je le reverrai.

C'est à ce moment là que j'ai décidé de ne plus jamais m'attacher à personne. La seule personne à qui je tenais allait subir un sort pire que la mort par ma faute, et je ne supporterai pas d'avoir à comprendre une nouvelle fois  que j'avais fait du mal à quelqu'un que j'aimais.
Et puis, je lui en voulais de partir. J'étais triste, car je savais que je ne le reverrai peut-être plus jamais.

Mais, en me retrouvant seule, j'étais à présent plus forte. Je comblais une nouvelle faiblesse.

J'allais entendre de nouvelles voix, mais je ne m'attacherai à aucune d'entre elles.


Sur moi
Pseudonyme : Haraëa
Mot de Passe (il y a 4 mots. Contexte, Règlement, Classes, et Carte !) : C'est validé ! ~
Comment êtes-vous arrivé ici ? C'est Skriff qui m'a convaincue de venir par ici.
Que pensez-vous du forum ? Je ne suis absolument pas objective, puisque c'est le seul auquel j'ai jamais participé, mais il a l'air vraiment bien.
Autre chose ?
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Malédiction : [Ambition] Besoin constant et dévorant d'en faire/avoir plus. Veut tout contrôler et maîtriser dans son environnement, et prend des risques parfois inconsidérés. Détecte et obtient profits et opportunités aisément.
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MessageSujet: Re: Mira - Chaînes de silence  Dim 1 Mai 2016 - 15:23
Bienvenue sur le forum, Mira, j'espère que tu te plairas parmi nous ! o7
La fiche est déjà bien entamée, j'ai lu tout ce qu'il y a déjà mais t'auras un retour complet quand elle sera finie, mais crois-moi c'est positif ! Bon courage pour la fin. :3


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MessageSujet: Re: Mira - Chaînes de silence  Lun 2 Mai 2016 - 20:21
J'ai terminé ! ^^
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MessageSujet: Re: Mira - Chaînes de silence  Mar 3 Mai 2016 - 18:38
Bon, bon, bon...
Comment dire, que... C'est vraiment ton premier RP ? Parce que ce personnage il déchire. À fond dans l'univers, bien maîtrisé, intéressant, va y avoir beaucoup de choses à travailler et à explorer dans tes futurs RP. J'adore l'histoire nom d'Arceus, c'est affreux comme c'est génial. Vraiment. Quelques petites choses curieuses à dénoter dans le mental mais rien de vraiment marquant à première vue.

Du coup, pour cette fiche, je t'accorde la classe, la spécialisation, et le niveau 41 ! Bienvenue sur Zyn's Helm et bonne aventure parmi nous !


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Mira - Chaînes de silence

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